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20 minutes le 9/07/2007

«Faire de Marseille une ville touristique, ça peut marcher, mais pas comme la municipalité l'entend»



INTERVIEW TONG - Chaque lundi, un écrivain marseillais nous parle de lui au bord de l’eau. Cette semaine, François Thomazeau, écrivain et journaliste...

Nous sommes ici à la plage des Catalans. Que représente cet endroit pour vous ?
C'est mon premier souvenir de plage à Marseille. J'avais cinq ans, on venait d'arriver de Lille avec mes parents. J'étais à peine entré dans l'eau que ma mère m'en a sorti, jugeant qu’elle était très sale.

Des problèmes de propreté urbaine, déjà ?
Marseille a toujours été sale, je ne vois aucune ville comparable, à part peut-être Naples. C'est à croire que les Marseillais aiment vivre dans leurs détritus. C'est paradoxal quand on voit l'obsession de l'hygiène, surtout sur la plage des Catalans...

Pourquoi ?
La plage a une longue histoire. C'est depuis son lazaret qu'est partie la grande peste de 1720. C'est aussi dans ces eaux que Jospeh Pujol, célèbre pétomane marseillais au XIXe, a découvert la vocation qui allait l'amener jusqu'au Moulin-Rouge.

Vous avez écrit un guide Marseille insolite. La ville devient une véritable destination touristique ?
Faire de Marseille une ville touristique, ça peut marcher, mais pas comme la municipalité l'entend. Une marina, ça ne prendra pas ici. Et puis chaque fois que les édiles marseillais décident quelque chose, il arrive le contraire. Au XIXe, les élus voulaient étendre le port de commerce au Sud, sur les actuelles plages du Prado ! Aujourd'hui, la mairie met le paquet sur la Joliette alors que le nouveau quartier branché va être les Cinq Avenues, avec l'arrivée du tramway.

Ce n'est pas toujours évident non plus de repérer les monuments à Marseille...
C'est une ville où l'histoire se construit en creux, autour de ce qui n'est plus, de ce qui est enfoui. D'ailleurs le premier monument de Marseille, la grotte Cosquer, est sous la mer.

Vous pensez que l'image de Marseille a changé?
Il y a eu une espèce de mystification pour les bobos, au travers des romans d'Izzo, des films de Guédigian ou même de IAM. Puis les gens ont rapidement déchanté en voyant que la ville était sale, qu'on y trouvait pas de boulot et qu'on pouvait pas s'y garer. Il n'y a que dans le cinéma où la greffe a bien pris.

Qu'est-ce que vous faites cet été ?
En juillet, je couvre le tour de France pour Le Monde. C'est mon vingtième tour en tant que journaliste.

Pas trop écoeuré par les affaires de dopage ?
Ça ne change pas l'intérêt du tour, seulement le point de vue : on se demande qui va se faire choper cette fois-ci. Le sport, c'est pas un royaume de bisounours coupés du monde. Ça fait un siècle qu'on nous vend un produit qui n'existe pas, où le meilleur gagne. Il y a toujours eu de la triche et du dopage dans le sport. Peut-être même plus que dans d'autres milieux puisque c'est encore plus compétitif.

Et après le tour, que faites-vous ?
Je reste à Marseille, je vais me baigner aux Catalans. J'y vais tôt le matin, vers 8h30-9h quand il n'y a que les mamies et moi.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je vais sortir plusieurs guides à la rentrée, deux sur le rugby et un sur l'aventure des mousquetaires en tennis. J'ai aussi un projet de roman sur l'ennemi du parrain Mémé Guérini, un flic ripoux marseillais qui s'appelait Robert Blémant. Et puis une aventure du Poulpe dans le milieu du foot. Mais ça se passerait à Nantes. Je n’arrive pas à écrire sur Marseille quand j'ai le nez dedans.

Peut-on espérer une suite aux aventures de Shram et Gugou, les justiciers Rmistes ? Ou sont-ils vraiment morts ?

Je sais pas encore, on verra bien.


Recueilli par Frédéric Legrand


20Minutes.fr, éditions du 09/07/2007 - 09h33

20 minutes , le 12/07/2004

François Thomazeau, conteur de comptoirs

En entrant, il jette un oeil au nom, jauge la patine du zinc et l’usure des banquettes. Il s’assure aussi de la solide tenue des piliers du comptoir. François Thomazeau se fiche en revanche de l’hygiène des toilettes, il pardonne la mauvaise cuisine et n’exige même pas la bonne humeur du personnel. « Dans un vrai bistrot, le client n’est pas roi. Le patron vous reçoit chez lui et peut très bien décider de vous mettre dehors. » Flanqué du photographe Sylvain Ageorges, il a visité en trois mois quelque 200 cafés parisiens. Une fois éliminés les plafonds artificiellement jaunis et les troquets-concept « où tu as l’impression de pousser la porte d’un plan marketing », il dresse dans Au vrai zinc parisien* l’inventaire de cinquante adresses où transpirent authenticité et supplément d’âme. François Thomazeau fait l’éditeur à Marseille, le journaliste sportif à Paris et, comme il lui reste du temps, il écrit aussi des polars. Autant de raisons valables à la fréquentation assidue des débits de boissons. Gamin, il passe ses étés en Angleterre et découvre la « culture pub », ou comment les grands bocks forgent les petits mecs. A l’adolescence, années anisées, François brûle ses après-midi aux terrasses d’Aix ou de Marseille. Le Thomazeau adulte aiguise son accent sur les zincs parisiens et se targue d’avoir fermé quelques assommoirs « à quatre ou six heures du matin ». L’homme y boit des coups, l’écrivain, des paroles. « Celles des piliers qui traînent là parce que chez eux, c’est moins bien. Celles des mythos qui enjolivent leur vie, la réinventent. » L’auteur prévient : ce carnet de bars n’est pas un guide gastronomique. « Il contient aussi des adresses où c’est dégueulasse. » Mais à l’heure où les faux vrais zincs essaiment de la place du Marché-Saint-Honoré à la rue de la Roquette, lui a eu envie de « protéger ce label ». Il garantit des lieux où il y a « à faire ». A vous de mériter les dernières brèves du comptoir et le prénom du serveur. G. Magne. Photos : C. Martigny * Parigramme, 12 euros .


© 20 minutes


 

Très longue ITV à Mauvais Genres en novembre 2002

 


© www.ageorges.com

Bernard Strainchamps : Ca donne quoi un dialogue entre l’éditeur François Thomazeau de l’Ecailler du sud et l’auteur François Thomazeau ?

François Thomazeau : Un truc du genre :

- T’as pas honte d’avoir pondu cette crotte ?

- Ben, si, mais y a le diffuseur qui grogne. Faut un bouquin pour septembre.

- Septembre ! Déjà ! Mais on est en août...

- Ben ouais.

- T’aurais au moins pu nous pondre un Rmiste justicier, comme ça on le revendait illico à Librio.

- Ben oui, mais j’avais envie de faire un truc différent...

- On s’en fout de tes envies, faut faire tourner la baraque...

Non. Dans la vraie vie, y a pas vraiment de schizophrénie. J’essaie dans l’ensemble de faire éditer mes propres bouquins ailleurs. Mais "Bonne Mère", qui devait paraître chez un autre éditeur, était un gage de bonne foi à mes associés de l’Ecailler (il fallait lancer la mécanique). Ensuite on a sorti deux "Rmistes justiciers" en sachant que Librio les rachèterait sans doute (ce fut le cas pour le Diable) et que ça ferait rentrer de l’argent dans les caisses. Pour le reste, le comité de lecture est assez vaste et varié pour me faire comprendre gentiment qu’un manuscrit est nul... Pour le reste, je pense être un écrivain assez dur avec lui-même (je me prends pas pour Dostoïevski, ni Conrad), et un éditeur assez cool avec les auteurs (ce qui permet de trouver un juste milieu). Enfin, pour être tout à fait honnête, je me suis auto-refusé trois manuscrits, que je ne trouvais pas faits pour l’Ecailler. J’espère qu’ils trouveront place ailleurs...

David Coulon : Bonjour ! Et tout d’abord première question : j’ai vu dans votre bio que vous êtes né à Lille. Mais qu’est-ce qui vous a amené à traverser toute la France pour atterrir sur la planète Marseille ?

François Thomazeau : C’est pas moi qui ai traversé la France, mais mon papa et ma maman, appelés vers le Sud par leurs obligations professionnelles. J’avais quatre ans et je demandais sans cesse à ms parents quelle langue on parlait à Marseille. J’étais pas très sûr que c’était la France. J’avais raison... Arrivé en maternelle dans la riante cité phocéenne, je suis illico tombé amoureux d’une écolière. Elle s’appelait Mireille. ça ne s’invente pas. C’est con à dire, mais Marseille est un cliché vivant.

David Coulon : Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ?

François Thomazeau : Tout minot déjà, je voulais être Enid Blyton. ça m’avait l’air un boulot facile et bien payé. Je ne suis pas sûr qu’on ait fait mieux que "Le clan des sept joue et gagne" en terme d’intrigue rondement menée. Ma première lecture avait été "Les mémoires d’un âne" de la comtesse de Ségur... J’y vois comme un signe. Après, j’ai eu envie de me raconter les histoires que je les autres ne me racontaient pas. Et j’ai aussi écrit pour faire rigoler mes potes. Petit à petit, j’ai juste agrandi le cercle de mes amis.

David Coulon : Vous définissez-vous comme un écrivain "régionaliste" ? Comment expliquez-vous qu’on parle de régionalisme pour le polar marseillais ou breton, par exemple, et pas pour des polars se passant à Paris ou à La Rochelle ?

François Thomazeau : Je suis né à Lille, je vis à Paris, j’ai passé l’essentiel de ma vie à Marseille et pas mal aussi en Angleterre. D’ailleurs je suis bilingue, travaille dans une agence de presse pour laquelle j’écris en anglais. Mon père est nantais, ma mère bordelaise, mon frère est né à Limoges. Je suis l’écrivain le moins régionaliste du monde. Si je suis régionaliste, alors tous les auteurs que j’aime le sont. Kinky Friedman ou Joe Lansdale sont Texans, Carl Hiassen ou Charles Willeford sont de Miami, James Lee Burke de Louisiane, Motalban ou Mendoza de Barcelone, Camilleri est sicilien.

La vérité, c’est que je crois qu’on écrit essentiellement sur les terrains de jeu de son enfance, et mon enfance fut marseillaise. Lorsque je décris un arbre, une rue, je vois la maison qui se cache derrière, la vieille qui tourne au coin de la rue, le cyclo qui remonte le boulevard adjacent. Je sens les odeurs, je connais le passé, le présent et le futur des gens qui vivent là. Je crois que ça se sent à la lecture. Je ne pourrais pas écrire un bouquin désincarné de son terroir, de sa chair locale, un bouquin de SF par exemple. Mais bon, le dernier bouquin que j’ai publié se passe à Lens. Dans le Nord aussi, ils me revendiquent comme un écrivain nordiste, c’est drôle. Sur le côté "régionalisme" des polars marseillais ou bretons, je crois qu’il tient au fait que ce sont deux régions à l’identité forte, qui ont eu à pâtir assez sérieusement de l’autorité centralisatrice. On a interdit aux Bretons de parler leur langue, on a fait de Marseille une "ville sans nom" parce qu’elle était rebelle, qu’elle regardait vers la mer et tournait le dos à la France. On le paie encore aujourd’hui et dans les contrées plus tranquilles, plus France profonde, parlant sans difficulté la langue de Malherbe, le Breton et le Marseillais restent des images d’Epinal, des stéréotypes, des clowns. J’ai noté que lorsqu’on tourne des séries à Marseille, comme le Montale avec Delon, personne n’a ll’acent marseillais, comme si c’était une tare. Outre-Manche, un film comme Trainspotting où les gens n’auraient pas l’accent écossais ferait mourir de rire. Je crois que la France a honte de ses différences. Moi c’est ce que j’y aime. Tiens, d’ailleurs j’ai un roman breton dans mes cartons, histoire de brouiller les cartes.

David Coulon : D’après vous, étiqueter un roman de "régionaliste" le sert-il ou le dessert-il ?

François Thomazeau : Voir plus haut... Je pense que ça le dessert auprès d’un lectorat germano-pratin qui a honte de ses racines. Mais quand je participe à des salons, à des festivals, je me rends bien compte que 95% des lecteurs fonctionnent par identification. Ils veulent se reconnaître dans un livre. Du coup, l’effet terroir fait vendre des livres, indéniablement.

David Coulon : Je connais bien Aix en Provence (j’y ai été étudiant 8 ans !). Vous décrivez la ville comme une enclave parisienne en Provence ? Enclave parisienne ou bourgeoise ? Quelle différence faites-vous entre Aix et Marseille ? Quels sont les lieux que vous préférez sur Aix ?

François Thomazeau : Un de mes amis dit de Marseille que c’est une ville ouvrière avec des ghettos bourgeois. Moi, quand je suis arrivé à Aix, où j’ai fait mes études comme vous, je me suis senti mal à l’aise. Tout était propre, guindé. J’avais l’impression d’être une crotte déposée sur le plancher verni. Aix est bourgeoise, bien sûr, mais c’est surtout Saint-Germain-des-Prés sur Arc, ou Boul’ Mich en Provence... Quant à l’enclave parisienne, je ne l’ai pas inventée, c’est la France qui l’a créée. Aix a été pendant des siècles la Préfecture des Bouches du Rhône, le siège du Palais de Justice, de la Cour d’assises, du rectorat, de toutes les autorités de l’Etat. Il fallait surtout éviter que Marseille ait le moindre pouvoir. Mais cela n’est pas propre à Aix et Marseille. Tout ça remonte à Richelieu qui se méfiait des ports comme de la peste. D’où Draguignan préfecture du Var au lieu de Toulon, d’où la création de villes comme Rochefort. Cela dit, j’aime bien Aix. C’est la capitale mondiale des terrasses de café. J’ai vraiment connu un pote qu’on retrouvait le soir aux Deux Garçons, en haut du cours Mirabeau, assis dur une chaise du Mondial, qui est le bar d’en bas du cours, 500 mètres plus bas ! Les lieux que je préfère à Aix ? Les jupes des filles !

David Coulon : D’où vous est venue l’idée de Stronzo le chien ?

François Thomazeau : Je connaissais vraiment un petit truand dans un bar que je fréquentais qui avait un Malinois qui allait lui acheter ses clopes et le journal. Pour faire rire la galerie, il prenait la gueule de son chien dans sa grosse main et lui faisait comme une muselière. Le clébard essayait d’aboyer et on aurait dit qu’il parlait, qu’il disait "Maman, maman, maman". Voilà. Depuis, San Antonio et Men in Black m’ont volé l’idée. Sigh...

David Coulon : Pardonnez mon ignorance mais... je ne connais que le Omar Charif de "Tiercé Magazine". Qui est l’autre ????????

François Thomazeau : Omar Charif est un journaliste marseillais spécialisé dans les faits divers et la criminalité. Il a publié à l’Ecailler du Sud une biographie de Francis le Belge et bosse pour le JDD, VSD et Le Figaro.

Jean-Paul Bazart : On sent dans vos livres une jubilation de l’écriture et du bon mot. Est-ce cela qui vous donne envie de démarrer un livre ou bien est-ce l’envie de raconter une histoire ?

François Thomazeau : En fait, je vais vous dire, mon rêve, mon fantasme absolu aurait été d’être scénariste de "Chapeau melon et bottes de cuir". Je rêvais d’être Brian Clemens à la place de Brian Clemens (c’était le cerveau de cette série cultissime). Il y a dans Chapeau Melon tout ce que j’ai envie de mettre dans mes bouquins : des histoires délirantes, des bons mots, de l’humour décalé, de l’action, un regard sur le monde qui se rattache encore à l’enfance, des outrances. Je prends un peu en écrivant le plaisir qu’on a à raconter une bonne blague en fin de repas, en faisant traîner l’histoire, en en rajoutant un peu dans le grandiose, le suspense.

Jean-Paul Bazart : Un chien nommé "Stronzo", un philosophe chinois "Tsing Tao"... ce jeu avec les noms des personnages, c’est pour nous régaler, pour vous régaler ou c’est indispensable pour vous dans un roman policier ?

François Thomazeau : Ca dépend du style de bouquins qu’on écrit. Mais dans la série des Rmistes justiciers, j’ai pris le parti de m’échapper du réalisme. Les personnages existent mais deviennent un peu des caricatures d’eux-mêmes, des archétypes. Je sais qu’il est de bon ton de fouiller un personnage, de creuser sa psychologie, ses motivations, de "camper" sa personnalité, comme on dit. Moi, je cherche à faire tout l’inverse, comme le font beaucoup de romanciers anglais. Je veux que mes personnages ne soient que ça : des personnages. Les bons mots, les jeux de mot, les noms références permettent de faire comprendre qu’on a quitté la réalité, qu’on est de l’autre côté du miroir. Dans un dessin animé...

Jean-Paul Bazart : Schram, Guigou, Rocca, Blanco, Ce sont des amis à vous ?

François Thomazeau : Ils existent vraiment tous les quatre et sont assez proches dans la vraie vie de leur caricature dans mes bouquins.

Jean-Paul Bazart : Etes-vous vexé si on vous dit que les aventures de vos justiciers Rmistes ne sont qu’un excellent divertissement ?

François Thomazeau : Au contraire. Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir. Je les écrit pour qu’ils soient ça, seulement ça et rien de plus. En outre, ils sont pour trois d’entre eux publiés chez Librio dans une collection à dix balles, et donc le ton et l’objectif colle avec la collection. Je trouve qu’on méprise trop le divertissement dans notre belle France qui fait de la culture un truc sérieux, parfois pompeux. C’est pas facile de faire un bon divertissement, peut-être moins qu’écrire un panmplet politique qui enfonce les portes ouvertes. ça fait plaisir à écrire et plaisir à lire. Bref, ça distille un peu de bon temps et, pour ça, devrait mériter le respect et la reconnaissance. Il me semble que vouloir faire passer un bon moment à son lecteur devrait être la priorité des priorités d’un auteur.

Jean-Paul Bazart :Personnellement, je lirais bien un jour un "La faute à Dégun" en trois fois plus épais. Ai-je une chance de voir cette envie exhaussée un jour ?

François Thomazeau : J’ai écrit jusqu’à présent des bouquins courts faute de temps et parce que j’ai du mal à délayer, ayant une formation de journaliste d’agence, où il faut aller à l’essentiel en peu de mots. Je suis fasciné par les auteurs qui arrivent à ralentir le rythme, à installer une atmosphère pendant des pages et des pages, comme Mankell, ce que j’appelle les écrivains "simenoniens". Moi j’ai du mal, je trouve ça lent. On me le reproche beaucoup. Cela dit, j’ai un projet qui pourrait atteindre les 650 pages. Je crois qu’il en va des bouquins comme des gens. Ils ont leur vie, leur rythme, leur longueur propre. Pour répondre à votre question complètement : oui, mes bouquins, j’ai envie de les faire un tout petit peu plus longs.

Luis Alfredo : On dit, que chaque roman contient des éléments autobiographiques. Et ceci serait particulièrement vrai pour un premier roman. La faute à Dégun est votre premier roman.

Alors, qui êtes-vous, le narrateur ou Frankie Dégun ?

François Thomazeau : Ni l’un ni l’autre bien sûr... Il y a pas mal de moi, c’est sûr, dans le narrateur, dans cette prédilection à errer dans les bistrots à la recherche de... je ne sais trop quoi. J’ai calmé le jeu à présent, mais plus jeune, j’aimais traîner de bars en bar, surtout dans ceux que je ne connaissais pas.Disons que la Faute à Dégun, c’est plutôt, décliné en tranche de vie, l’évocation de ces nuits pourraves qu’on a tous passés à traîner son spleen dans les rues d’une ville parce qu’une fille est partie, ou que nos amis ont disparu. Mais ça reste aussi de la pure fiction. J’avais au départ cette idée du double, du héros inventé qui pend vie, et je l’ai installé dans un milieu que je connaissais bien, celui du rock à Marseille dans les années 80. J’y voyais un hommage à cette époque. Beaucoup des protagonistes (ceux qui sont encore en vie), y ont vu une charge. Peu importe, le bouquin est épuisé.

Luis Alfredo : Le choix des noms des personnages est rarement laissé au hasard. Ils font souvent référence à des êtres réels. me semble-t-il. Le choix de Dégun s’imposait, puisque ce type n’existe pas, qu’il s’agit d’une invention journalistique. Mais pourquoi ce prénom de Frankie à consonance USA. Pourquoi n’avez-vous pas opté pour Paul ? Paul Dégun, vous jugez que ça ne fait pas assez rock man ?

François Thomazeau : C’est tout le paradoxe marseillais, ça, on aime bien avoir des gars bien de chez nous avec des prénoms américains. Quand on les croise dans la rue, on dit, "oh, comment tu vas l’Américain" ? Puis Frankie, c’est le petit nom de Sinatra, ou de Franck Fernandel.

Luis Alfredo : Peut-on dire que : "compositeur trop moyen vous avez préféré vous consacrer à l’écriture de peur de dire un soir, en entendant un inconnu chanter : « cette chanson, je la connais mieux que toutes les autres au monde. mais je ne l’ai jamais entendu comme ça jouée avec autant d’évidence. Et ces paroles ridicules, si belles soudain. Cette chanson sublime qui me fait monter les larmes aux yeux, je l’ai écrite. Et je ne l’ai jamais jouée à personne. A dégun. »"

François Thomazeau : Non, non. J’étais un très bon compositeur. J’ai écrit des centaines de tubes imparables qui auraient dû me rapporter des milliards. Mais y a que mi et ma mère qui sommes convaincus de mon talent musical. Alors j’ai vendu mes grattes, démonté le home studio et, en effet, je me suis mis à écrire. Bizarrement, c’est moins stressant, moins usant... moins narcissique et moins onaniste.

Luis Alfredo : Plus sérieusement, êtes-vous le Frankie Dégun des éditions de l’écailler ?

François Thomazeau : Vous voulez dire quoi ? L’éminence grise ? L’invention pure de cette jeune maison d’édition ? Non, je suis un être de chair et de sang qui ai investi mes petites économies dans cette petite et stupide entreprise, dont je suis le gérant à en croire 3615 Euridile.

Luis Alfredo : Avec La faute à Dégun, vous entamiez une carrière d’écrivain « sombre et désespéré », puis est venue la série des « qui a fait ça » qui met en scène un duo d’enquêteurs Rmistes. Pourquoi un tel virage ?

François Thomazeau : En fait, j’ai toujours aspiré à être un écrivain comique, mais j’avais envoyé quelques manuscrits dans ce genre déconnant qui avaient tous eu droit à le fameuse lettre type où même la signature est photocopiée (le sommet du mépris et de la grosse claque aux petits égos). Alors je me suis dit : "Ah, c’est du noir que vous voulez ? En voilà du noir..." Et j’ai écrit la Faute à Dégun. Une fois le premier publié, j’ai réussi à fourguer mes manuscrits comiques sans difficultés.

Luis Alfredo : En toile de fond, à Qui a brûlé le diable et Qui a noyé l’homme grenouille, plane l’ombre de l’occupation. Marseille est-elle marquée à ce point par cette période de notre histoire ?

François Thomazeau : Ah, ça c’est une question intéressante... Oui. Disons que Marseille est une ville de non-dits et que, située en zone libre, elle a eu un rapport assez ambigu avec l’Occupation. Mais c’est vrai que la destruction du quartier du Panier par les Allemands, qui ne faisaient qu’exaucer les voeux de la bourgeoisie locale, fut une belle dégueulasserie dont on ne parle plus guère. Des tas de famille modeste furent spoliées et des opérations immobilières juteuses réalisées par des bons bourgeois bien français qui n’ont jamais payé après la Guerre. La ville était aux mains de Sabiani, un genre de Mussolini aux petits pieds lié au Milieu dont on préfère ne pas se souvenir à Marseille.

Son fantôme ne demandait qu’à ressortir, déguisé en Mégret ou d’autres ces dernières années. Oui. Je crois que Marseille est foncièrement une ville de gauche avec un fond de roulement de fachos qui oscille depuis toujours autour des 20%. Une ville populaire, chamarée, paradoxale.

Luis Alfredo : Pensez-vous sérieusement que la ville de Marseille soit plus belle que Barcelone ?

François Thomazeau : J’ai écrit ça ? Alors je dois le penser. Non, c’est une question de lumière. Les deux villes se ressemblent beaucoup et il y a des quartiers excentrés, près du parc Guell par exemple, où j’ai l’impression d’être dans le quartier de mon enfance. Mais la lumière est plus rasante à Marseille, je trouve. Et la ville est moins riche, plus brute de décoffrage. On n’a pas de grande banque, pas de Generalitat de Marsilho. On est une ville plus cosmopolite, qui n’a pas été maintenue dans la naphtaline du franquisme. Du coup, Marseille a pris les tournants foireux et industrialistes des années 70 (construire des raffineries en plein choc pétrolier) que Barcelone n’a pas pris. Et le paradoxe, c’est que Barcelone a évité de grosses conneries et s’est réveillée comme la grande bourgeoise alanguie qu’elle était aussi.

Luis Alfredo : Qui a noyé l’homme grenouille se termine par un immense éclat de rire, un rire forcé mais un rire tout de même. Pensez-vous qu’il faille rire de tout ? Et en particulier que l’on puisse rire des déboires de l’OM, comme vous le faites dans Sang et mort ?

François Thomazeau : Oui. Je crois que le rire est non seulement le propre de l’Homme, mais sa seule raison d’être. Le rire est le meilleur moyen de dire au Bon Dieu qu’on l’emmerde... Le vrai Guigou, l’homme qui a inspiré le héros des Rmistes justiciers, disait toujours : "Moi je n’ai qu’un but dans la vie : rigoler." C’est une philosophie d’une redoutable efficacité.

Luis Alfredo : Dans Qui a brûlé le diable vous évoquez les massages birmans. Où et comment avez-vous découvert ces massages ? Et, surtout, pouvez-vous nous en dire plus sur cette pratique ?

François Thomazeau : Les massages birmans, je croyais les avoir inventés et puis, un jour, une copine versée dans les arts martiaux m’a expliqué qu’ils existent vraiment, mais ne sont pas du tout birmans, plutôt chinois... Je me demande même si Houellebecq n’évoque pas ce genre de pratique dans Plateforme. L’idée me plait assez de cette quête de l’inachevé, de l’inacessible, de ces massages où l’on ne se touche pas, où l’on évite sciemment le contact, l’orgasme, une jouissance feutrée et contrôlée. Infinie.

Luis Alfredo : Qui a brûlé le diable se termine d’une étrange façon ! Guigou semble "découvrir un monde" et sombre dans un océan de perplexité. Pensez-vous vraiment qu’il faille se méfier à ce point, des femmes ?

François Thomazeau : Oui. Je pense qu’elles ont (en tout cas celles que j’ai connues) un sens de la survie bien plus aigu que le mien. Du coup, nous n’avons pas exactement la même morale. Mais je pense que ce sont elles qui ont raison, pas moi. Si j’étais une femme, je me méfierai de moi.

Luis Alfredo : Avec Sang et mort, une nouvelle fois, vous changez de style et adoptez un ton plus sérieux. Est-ce à mettre en relation avec votre situation d’éditeur ayant pignon sur rue ?

François Thomazeau : Non, je m’étais remis à la littérature avec un grand L (comme m’avez dit un grand con de critique qui avait traité mes Rmiste de littérature de gare Saint-Charles) avec Bonne Mère, histoire de faire plaisir aux lecteurs qui avaient aimé La Faute à Dégun. Sang et Mort était une commande, que j’ai pris beaucoup de plaisir à honorer et un moyen de briser l’image à la con d’écrivain régionaliste. Je devenais du même coup régionaliste du Nord...

Luis Alfredo : Vous écrivez « ils (les gens, surtout les personnalités) donnaient l’impression en vous accordant un court instant de leur temps précieux, de se rabaisser au niveau fangeux de l’intervieweur ». En répondant aux questions des abonnés de cette liste, êtes-vous dans cet état d’esprit ?

François Thomazeau : Pas du tout. J’ai trop essuyé en tant que journaliste sportif le mépris de footballeurs analphabètes et péteux pour en infliger en retour à quiconque me fera l’honneur de me questionner.

Luis Alfredo : Vous faites, de temps à autre, référence à l’OM. En particulier vous écrivez (page 147) « des magouilles à l’OM, ce n’est pas vraiment un scoop, c’est la routine ». Pourtant le retour de Bernard Tapie a été salué par les supporters comme l’arrivée du sauveur. Qu’en est-il réellement ?

François Thomazeau : Ben, il est plus là. Marseille aime bien le grand guignol et les hommes providentiels. Il y avait un côté messianique dans Tapie. Il s’est pris les pieds dedans, dans le tapis, lors de son retour. Maintenant, les choses ont l’air de s’améliorer. Le nouveau président, Christophe Bouchet, est un bon pote. Il a l’air de s’amuser à ce qu’il fait. Comme dirait Guigou ; c’est ça le secret.

Luis Alfredo : Vous avez choisi Lens comme décor à ce roman policier. Dernièrement Lens a battu les Espagnols de la Corogne 3-1 en ligue des champions. Cela vous a-t-il fait plaisir ?

François Thomazeau : Oui. J’aime bien Lens. J’aime bien cette ville, j’aime bien les briques rouges, j’aime bien la bière. C’est un club qu’on ne peut pas ne pas aimer. Cela dit, j’adore la ville de La Corogne, on dirait un petit Marseille (même si ça pue à cause de la décharge municipale). La lumière est la même. Celle qui manque à Barcelone...

Luis Alfredo : Le monde du football est régulièrement secoué par des scandales financiers ou politiques, pourtant vous n’avez pas choisi cette optique de résolution dans ce polar. Est-ce pour préserver vos illusions sur le monde du sport ?

François Thomazeau : Non. Simplement parce que je trouvais ça trop facile de dénoncer des magouilles qui s’étalent partout dans les journaux. Quand la réalité dépasse la fiction, autant écrire un bouquin de témoignage, un document. Dire que le football est pourri, rongé par le fric, ce n’est pas faire oeuvre d’écrivain, c’est enfoncer des portes ouvertes. Dire "Le racisme ne passera pas", on est tous d’accord : mais ça ne suffit pas à faireun bon bouquin. Dire "le foot est pourri", c’est pareil.

Luis Alfredo : Ne pensez-vous pas que le départ de Madame Emma Peel a tué la série Chapeau melon et bottes de cuir ?

François Thomazeau : Ah diable ! C’est vrai que c’est la femme idéale, mais j’ai aussi une grand tendresse pour le côté poupin de Tara King. Elle a tourné dans quelques uns des meilleurs épisodes de la série. Après y avait les jambes de Purdey, très fraîcheur de vivre Hollywood chewing gum... La mère Joanna Lumkey a bien tourné d’ailleurs (cf Absolutely Fabulous).

Pierre Serisier : L’ensemble de ton oeuvre mérite bien ma première intervention sur ce forum. Ma question est simple : le journalisme embrassé il y a maintenant presque 20 ans était-il une vocation ou simplement l’arbre qui cachait une forêt plus vaste, celle du besoin d’écrire, de raconter des histoires, de se servir du réel pour plonger dans la fiction ? En clair, as-tu voulu devenir journaliste et découvert en route la littérature ou as-tu choisi la voie de la plume pour te rapprocher du livre ?

François Thomazeau : Au risque de te surprendre, mon bon Pierre, je ne vois pas de grandes différences entre les deux. J’ai toujours essayé de me servir de l’écriture comme d’un outil pour rendre compte de ce que je voyais, de ce que je ressentais, en collant au plus près de la réalité. De trouver le mot juste, la pirouette, la métaphore, le bon mot qui parvienne à traduire une ambiance, un instantané de vie. Oui. C’est ça. Ercire permet de figer des instantanés de vie. Et j’y suis arrivé parfois en tant que journaliste, parfois en tant qu’écrivain. Mais la démarche intellectuelle est la même.

Patricia Mevel : Journaliste, écrivain, éditeur, vous cumulez bien des casquettes, des activités on ne peut plus prenantes ! Comment parvenez-vous à harmoniser tout cela ?

François Thomazeau : Je n’y parviens pas. Je suis constamment débordé et je bâcle tout. Mes femmes successives sont parties et je n’ai pas d’enfant. J’ai laissé mourir mon poisson rouge. J’aspire à la sérénité totale, mais je n’ai pas le temps de la chercher. Je fais partie de ces vrais paresseux qui n’arrêtent pas de bosser.

Patricia Mevel : Laquelle de ces activités vous monopolise le plus ?

François Thomazeau : La plus lucrative et la plus régulière, celle de journaliste. C’est mon gagne-pain principal. Le reste, c’est des hobbies. Il faut bien se rendre compte que de nos jours, comme au XVIIe siècle, la littérature et l’édition sont souvent des activités réservées aux élites fortunées qui n’ont pas besoin de ça pour vivre. Mélanger l’argent et la Litterature ? Pouah ! C’est sans doute pour ça que la littérature française se vend mal.

Patricia Mevel : Quelle est celle qui vous apporte le plus de satisfaction ? Pour quelles raisons ?

François Thomazeau : écrire des bouquins. Parce que j’écris les histoires que j’aimerais qu’on me raconte et que je me fais rire tout seul.

Patricia Mevel : Vous inscrivez vos histoires dans le registre le plus noir - de "La faute à Dégun" se dégagent nostalgie et mélancolie - ou dans celui de l’humour décalé - Qui a brûlé le Diable ? - avec, semble-t-il, autant de plaisir, de facilité que de talent. Vous sentez-vous cependant plus à votre aise dans l’un ou l’autre de ces registres ?

François Thomazeau : Je trouve beaucoup, beaucoup plus facile d’écrire du roman noir. Faire pleurer dans les chaumières, en rajouter dans le glauque et le déprimant, c’est extrêmement aisé et ça marche à tous les coups. Faire rire est beaucoup plus difficile, demande plus de travail, de fulgurances, de recherche, de style et d’esprit. Hélas, comme souvent, le boulot le plus ingrat est le moins reconnu. Chaque fois que j’écris un bouquin comique, on me demande quand je vais me remettre à écrire un VRAI bouquin. Si on sait lire, on se rendra compte que le style de mes bouquins comiques est sans doute d’une meilleure tenue littéraire (écrit au passé simple, à la 3e personne, avec plus de vocabulaire). Mais les lecteurs, et mes critiques, confondent le style et le sujet. C’est con.

Patricia Mevel : Savez-vous avant de démarrer l’écriture de chacun de vos romans dans quelle veine ils vont s’inscrire ?

François Thomazeau : Absolument.

Patricia Mevel : Quelles sont les limites de ces deux registres ?

François Thomazeau : Ils sont aussi artificiels l’un que l’autre, en fait. L’idéal serait d’écrire un bouquin comme la vie, avec ses rires gras et ses dépressions aiguës. Mais le mélange des genres passe assez mal dans une France littéraire très cartésienne et compartimentée.

Patricia Mevel : Vous arrive-t-il de vous laisser déborder par vos personnages ou par les situations que vous mettez en scène ?

François Thomazeau : Oui, souvent. Je les mets dans un lieu et je les laisse se débrouiller. Le tout est qu’ils m’amènent ni vu ni connu vers la scène suivante que j’ai en tête.

Patricia Mevel : Selon vous, un roman noir ou un polar se doit-il toujours d’être critique ?

François Thomazeau : Non. Je pense qu’un roman noir ou un polar se doit avant tout d’être bon. ça aussi, c’est un héritage du roman engagé d’après guerre et du monopole imposé par le Nouveau Roman sur le style qui veut que seule la forme prime, ou le message. Selon ces points de vue, un roman pour être valable doit soit véhiculer un message politique, une critique de la société, ou bien être un travail élitiste sur la forme même. Dans les deux cas, on se fout éperdument de la seule chose qui compte vraiment pour moi : l’histoire.

Patricia Mevel : Vous considérez-vous comme un "amuseur" ou bien pensez-vous avoir un "message" à faire passer à vos lecteurs ?

François Thomazeau : Je suis un amuseur dont le message est le suivant. Riez !

Patricia Mevel : Quelle a été la genèse de ces trois livres ?

François Thomazeau : La Faute à Dégun, je l’ai écrit par dépit parce que j’avais du mal à faire publier des textes comiques. J’ai rajouté couche sur couche de noir pour faire un mélo rock et ultra noir. Je voulais faire un truc encore plus triste qu’un des auteurs qui m’a marqué le plus : Robin Cook.

Avec les Rmistes justiciers, je voulais faire un "Amicalement votre" du pauvre. Dans la série, Brett Sinclair et Danny Wilde sont désoeuvrés parce qu’ils sont riches, Schram & Guigou sont désoeuvrés parce qu’au chômage. Dans les deux cas, on utlise cette oisiveté pour leur faire mener des enquêtes loufoques. A l’époque je lisais beaucoup Kinky Friedman, qui met ses propres amis en scène. C’est ce que je fais aussi, par pure imitation.

Sans et Mort était une commande d’une méaison d’édition qui cherchait des polardeux aimant le foot. Voilà.

Patricia Mevel : Qu’est-ce qui vous séduit dans le polar ou le noir ? D’autres genres vous tentent-ils ?

François Thomazeau : Non. Pas vraiment, ou alors des petites chroniques, des choses vues. Je tenais une chronique sur les bistrots au début de l’hebdo parisien Zurban, c’était court, c’était impressionniste. Je me suis beaucoup amusé.

Patricia Mevel : Ecrire pour la jeunesse vous titille-t-il ?

François Thomazeau : Oui. J’ai un petit projet d’ailleurs en ce sens, mais pas le temps.

Patricia Mevel : Pour vous, est-ce le fond ou bien la forme qui prime ?

François Thomazeau : L’histoire, l’histoire et l’histoire.

Patricia Mevel : Un journaliste a toujours son rôle à jouer dans les 3 romans que j’ai pu lire ("La faute à Dégun", "Qui a brûlé le Diable ?" et "Sang et Or"). Cela n’est certainement pas anodin ! Déformation professionnelle ou bien quoi d’autre ?.

François Thomazeau : Les détectives privés, honnêtement, personne n’y croit. C’est aussi anachronique et typé qu’un cowboy, un Indien, un Martien. Les seules personnes que je connais qui mènent des enquêtes sans être des flics, en buvant comme des trous et en portant des regards amusés sur le monde sont les journalistes.

Christophe Dupuis : Et bien d’abord bonjour, Monsieur Thomazeau et, si une question a déjà été posée, ne vous embêtez pas à y répondre une deuxième fois. Bon, alors allons-y et commençons par le commencement, à savoir "La faute à Dégun". Ce livre sort en 1996 et c’est ton premier polar mais que faisais-tu avant ? Et quelle mouche t’a piqué ?

François Thomazeau : J’étais et je suis toujours journaliste sportif. La mouche qui m’a piqué c’est que j’ai eu 30 ans et que je me suis dit, merde, te voilà vieux et tu n’as pas encore écrit de bouquin. Faut te bouger, mon gars.

Christophe Dupuis : Aujourd’hui, que penses-tu de cette "oeuvre de jeunesse" ?

François Thomazeau : Je crois que c’est pas si mal, qu’il y a une voix qui parle au lecteur. L’intrigue est assez invraisemblable, c’est trop court, un peu larmoyant. Mais j’aime assez et c’est un de mes bouquins qui a touché le plus de gens profondément. Ceux qui se sont reconnus dedans.

Christophe Dupuis : Ce livre sort chez Méditorial comment es-tu arrivé là-bas ? Connaissais-tu le sieur Carrese à l’époque (qui lui avait sorti trois jours d’engatse chez le même éditeur) ?

François Thomazeau : Je ne connaissais Carrese que de nom et j’ai atterri chez Méditorial parce que ma mère avait vu un reportage sur "Trois jours d’engatse" sur France 3 Marseille. C’est elle qui m’a forcé à envoyer le manuscrit de Dégun à Méditorial. Comme Carrese, je ne rendrai jamais assez hommage au patron de cette maison, Paul-André Bungelmi, un honnête homme comme on n’en fait plus. Il a arrêté l’édition faute d’argent et tient un bar de nuit extrêmement sympa à Ajaccio. On amène sa bouffe, y a une cheminée au fond pour faire cuire le rata, et lui fait payer le vin.

Christophe Dupuis : Tu semblais plus musique qu’écriture à cette époque. Est-ce toujours d’actualité ? Et t’en as écrit des chansons quand tu étais jeune ?

François Thomazeau : J’ai écrit des dizaines de chansons, mais comme dans la littérature, j’avais choisi le côté sucré. J’écrivais des mélodies pop de trois minutes avec des paroles déconnantes. Je rêvais d’être Ray Davies, le chanteur compositeur des Kinks. Mais personne ne connaît Ray Davies en France, où les Kinks ont dû vendre trois albums. Ma carrière s’est arrêtée au bout d’un disque et demi avec mon groupe, les Chers Disparus.

Christophe Dupuis : A la fin tu laisses un "petit nécessaire de lecture", une sélection musicale qui doit accompagner la lecture. Aurais-tu aimé que le livre sorte avec un CD ?

François Thomazeau : Ouais ! C’était le but. J’ai toujours pensé qu’on ne mélangeait pas assez les genres. Roman, BD, musique. Maintenant que je suis éditeur, je sais que c’est surtout un problème de distribution. Les libraires ne veulent pas vendre de disques et les disquaires ne veulent pas vendre de livres. Et les diffuseurs ne mélangent pas les torchons et les serviettes.

Christophe Dupuis : Et d’abord bravo pour ce travail à L’Ecailler du Sud, en ces temps où se créent des maisons d’édition qui surfent n’importent comment sur la vague de succès du polar, ça fait du bien de voir des projets cohérents menés par des gens com

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